Nicolas Domenach en parle mieux que moi en évoquant la "guerre des deux gauches" mais j'ai déjà abordé ici le choix que devra faire Ségolène Royal.
Vaut-il mieux :
1. Etre sûr de perdre mais avec panache ? C'est la ligne Fabius.
2. Avoir une chance de gagner en se "compromettant" ou plutôt en s'ouvrant au centre ? C'est la ligne DSK.
Voilà le dilemme cornélien qui s’offre à la gauche dans cette bataille de points.
Pour moi la tentation fabiusienne du repli sur soi, du rassemblement à gauche des 35 à 38% que les sondages accordent au premier tour à toute la gauche, est porteuse d’échec assuré (et peut-être voulu) au second tour. Peut-être pourrons nous revoir 7 ou 8 points “centristes” rejoindre notre camp, mais même 10 points de plus ne nous promettent qu’une défaite honorable.
Par contre, tenter comme le fait DSK de voir dès le premier tour, beaucoup d’électeurs de centre gauche reprendre le chemin du vote Royal, quitte à en laisser certains se diriger vers la gauche de la gauche, me parait plus prometteur. Rappelons que Mitterrand, expert ès batailles électorales, situait à 43% le niveau minimum que la gauche devait atteindre au premier tour pour espérer l'emporter. Il s'en faut de cinq points au minimum à reconquérir.
Les réserves de voix à gauche sont trop faibles pour qu’on puisse espérer un sursaut au second tour si on ne modifie pas le discours, vers davantage de social-démocratie.
Je ne parle pas d’alliance avec l’UDF, mais de mettre Bayrou et l’UDF en demeure de devoir choisir au second tour. Et pour ça il faut être qualifié pour le second tour.
Ceux qui pensent que Bayrou a un tropisme de droite ne verront pas d’objections à redonner de la crédibilité et du sérieux à un projet qui manque de force quand il est déclamé par notre candidate.
A partir du moment où on ne dit pas un mot sérieux sur les retraites, sur l’énergie, sur les moyens de relancer la croissance dans notre programme, il n’est pas étonnant de voir des gens faire la moue sur notre capacité à tenir les promesses. Nous renvoyons beaucoup trop de questions à la négociation collective.
Quelque soit ses talents d’interprête d’une partition qu’elle n’a pas écrite, notre candidate est malheureusement inaudible sur ces sujets. Il est temps qu’elle laisse un peu plus de place à des personnalités rassurantes au risque de se faire phagocyter complètement par Bayrou. Car ne nous leurrons pas, si nous perdons la présidentielle, nous perdrons aussi les législatives.
La décision de Royal sera lourde de conséquences pour l'espoir de rénovation de la gauche. Un ni-ni serait la pire des solutions. Vite une ligne social-démocrate ! Cinq points de plus et Ségolène Royal aura gravi la montagne.
